Cyber-risque fournisseurs : pourquoi les tiers sont le maillon faible (TPRM)

La cybersécurité ne s’arrête plus aux frontières de l’entreprise
Pendant longtemps, la cybersécurité a été abordée comme un périmètre fermé, strictement interne à l’entreprise. L’effort portait principalement sur la sécurisation du système d’information : protection des postes utilisateurs, durcissement des infrastructures, segmentation des réseaux, contrôle des accès et sensibilisation des collaborateurs. Cette approche demeure essentielle, mais elle ne suffit plus à couvrir la réalité des risques actuels.
Les organisations évoluent désormais dans un écosystème numérique ouvert et interconnecté, où les frontières entre l’interne et l’externe se sont largement estompées. Prestataires IT, fournisseurs cloud, éditeurs de logiciels, sous-traitants techniques, infogéreurs, partenaires métiers : tous ces acteurs tiers accèdent, à des degrés variables, à des données sensibles, à des environnements critiques ou à des briques structurantes du système d’information.
Pour les équipes de sécurité, cette transformation a une conséquence directe : la surface d’attaque ne se limite plus au périmètre interne. Elle s’étend à l’ensemble de l’écosystème fournisseur. Chaque tiers devient, de fait, un prolongement potentiel du système d’information — et donc un vecteur de risque cyber supplémentaire.
Les fournisseurs : une surface d’attaque devenue massive
Les chiffres illustrent clairement cette évolution.
Aujourd’hui, près de 90 % des entreprises considèrent le cyber-risque fournisseur comme une priorité stratégique. Pourtant, dans la pratique, seule une fraction des tiers fait l’objet d’une évaluation de cybersécurité régulière et structurée.
La majorité des organisations concentre ses efforts sur quelques prestataires identifiés comme critiques — souvent les plus visibles ou les plus proches du cœur métier. Le reste de l’écosystème fournisseur, parfois composé de dizaines voire de centaines d’acteurs, reste peu ou pas supervisé.
Dans le même temps, 73 % des RSSI déclarent manquer de ressources — humaines, financières ou techniques — pour gérer efficacement les cyber-risques liés aux tiers. Ce déficit de moyens se traduit par des situations bien connues sur le terrain :
- des accès fournisseurs mal maîtrisés, parfois hérités de projets anciens,
- une visibilité partielle sur la posture de sécurité réelle des prestataires,
- des évaluations ponctuelles, souvent manuelles, difficiles à tracer et à maintenir dans le temps,
- une incapacité à prioriser objectivement les fournisseurs les plus exposés.
À mesure que les environnements IT et cloud se complexifient, toute approche artisanale devient rapidement inopérante.
Les attaques indirectes : un mode opératoire désormais privilégié
Les cybercriminels ont parfaitement intégré cette nouvelle réalité.
Plutôt que de cibler directement des organisations de plus en plus protégées, ils privilégient désormais les attaques indirectes, en exploitant les faiblesses des tiers.
Un prestataire de maintenance disposant d’un accès distant, un éditeur de logiciel compromis, un sous-traitant insuffisamment sécurisé : il suffit d’un seul point de défaillance pour contourner des dispositifs de sécurité pourtant robustes. Ces attaques sont d’autant plus difficiles à détecter qu’elles empruntent des flux légitimes et des accès autorisés.
Les conséquences dépassent largement le simple incident technique :
- interruption ou ralentissement de l’activité,
- pertes financières directes et indirectes,
- atteinte durable à la réputation,
- responsabilités juridiques engagées,
- perte de confiance des clients, partenaires et autorités.
Lorsque l’incident implique un tiers, la capacité de réaction dépend directement du niveau de visibilité, de traçabilité et de préparation mis en place en amont.
Une pression réglementaire qui renforce la responsabilité du donneur d’ordre
Cette réalité opérationnelle est désormais pleinement intégrée par les régulateurs.
Les cadres réglementaires récents — NIS2, DORA, ISO 27001, RGPD — convergent vers un principe commun : le donneur d’ordre reste responsable de la maîtrise des risques liés à ses tiers.
Pour les RSSI et responsables risques, cela implique de dépasser une simple logique déclarative. Il ne suffit plus de collecter une attestation ou un questionnaire ponctuel. Les organisations doivent être capables de :
- définir des exigences de cybersécurité claires et formalisées pour les fournisseurs,
- superviser les audits, contrôles et plans d’actions,
- préparer les certifications et répondre aux exigences clients,
- produire des preuves concrètes, rapidement et sans mobilisation excessive des équipes.
Dans ce contexte, une évaluation non tracée, non historisée ou difficilement reproductible devient un risque de non-conformité à part entière.
Le TPRM : structurer la gestion des cyber-risques liés aux tiers
Face à ces enjeux, le Third Party Risk Management (TPRM) s’impose progressivement comme un cadre structurant. Il permet de passer d’une gestion fragmentée et réactive à un pilotage continu, outillé et cohérent des risques cyber fournisseurs.
Une démarche TPRM orientée cybersécurité repose sur plusieurs piliers fondamentaux :
Cartographier et prioriser les tiers
Selon leur niveau d’accès, les données manipulées et leur impact potentiel.
Automatiser les évaluations de sécurité
À l’aide de questionnaires standardisés alignés sur les référentiels du marché.
Centraliser la collecte des preuves
Qu’il s’agisse de politiques SSI, d’attestations ou de documents réglementaires.
Tracer les contrôles et actions correctives
Afin de disposer d’un historique exploitable en cas d’audit ou d’incident.

Aligner cybersécurité, achats et conformité
Pour intégrer le risque cyber dans les décisions fournisseurs.
Pour un RSSI, l’enjeu n’est pas d’ajouter un outil de plus, mais de structurer un dispositif pérenne, intégré à l’existant et capable d’évoluer dans le temps.
La maturité cyber des fournisseurs : un angle mort encore fréquent
Un point reste pourtant souvent sous-estimé : la maturité cyber des fournisseurs.
Une certification ou une évaluation annuelle ne fournit qu’une photographie partielle, figée à un instant donné.
Or, la posture de sécurité d’un fournisseur évolue en permanence, sous l’effet de changements organisationnels, techniques ou humains. Sans indicateurs structurés, il devient difficile de :
- comparer objectivement les fournisseurs entre eux,
- identifier les domaines de fragilité,
- déclencher des alertes pertinentes,
- prioriser les actions correctives.
Le TPRM permet d’introduire une logique de scoring cyber, fondée sur des standards reconnus, offrant aux RSSI des indicateurs exploitables et intégrables dans leurs outils GRC et leurs scénarios d’alertes.
Un enjeu transverse : cybersécurité, achats, conformité et direction
Le cyber-risque fournisseur ne relève plus uniquement de la DSI ou de la sécurité.
Il concerne directement les Achats, la Conformité, la Gestion des Risques et la Direction Générale.
Près de 42 % des directions achats placent désormais les cyberattaques parmi leurs principales préoccupations. Sans cadre commun, une dissonance s’installe entre exigences de sécurité et décisions opérationnelles.
Le TPRM joue ici un rôle clé de point de convergence, en apportant une vision partagée du risque et en facilitant la collaboration entre les équipes.
Conclusion : reprendre le contrôle du maillon faible
Les tiers ne sont pas le problème en soi.
Le véritable risque réside dans l’absence de visibilité, de structuration et de pilotage du cyber-risque fournisseur.
En adoptant une démarche TPRM orientée cybersécurité, les entreprises transforment un point de vulnérabilité en levier de résilience. Elles anticipent les menaces, sécurisent leurs relations fournisseurs, répondent aux exigences réglementaires et renforcent durablement la sécurité de leur système d’information.
En cybersécurité, une règle reste immuable : une organisation est aussi solide que le maillon le plus faible de son écosystème.
La différence, aujourd’hui, tient à la capacité à l’identifier, le mesurer et le maîtriser.
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