Gestion des risques tiers : les 5 leviers qui ont permis à TAG Heuer d’atteindre 80 % de complétude fournisseurs.

Le taux de complétude documentaire, indicateur clé de la gestion des risques tiers
Dans une démarche de gestion des risques tiers, le taux de complétude documentaire est l’un des indicateurs les plus révélateurs de la maturité réelle du dispositif. Il mesure, dans les faits, la proportion de fournisseurs ayant transmis les informations attendues : documents à jour, données validées, pièces exploitables par les équipes achats, conformité ou contrôle interne.
Là où certains tableaux de bord réglementaires peuvent afficher une vision rassurante, ce KPI met en lumière la réalité opérationnelle : les fournisseurs répondent-ils vraiment ? Les documents sont-ils complets ? Les données sont-elles suffisamment fiables pour piloter les risques légaux, éthiques, environnementaux ou financiers ? Dans de nombreux grands groupes, ce taux plafonne encore entre 30 et 50 %, avec des pointes à 60 % sur les fournisseurs les plus stratégiques, puis des chutes nettes dès que le périmètre s’élargit aux fournisseurs indirects.
Dans ce contexte
La performance de TAG Heuer, plus de 80 % de complétude documentaire atteints en moins de six mois, sans relances manuelles excessives – est remarquable. Elle l’est d’autant plus qu’elle a été obtenue dans un environnement complexe : horlogerie suisse de luxe, 500 fournisseurs répartis entre composants techniques et prestations indirectes, appartenance au groupe LVMH avec les exigences de conformité propres à un leader mondial, et obligation de produire un premier bilan carbone 2023 nécessitant des données précises en provenance directe des fournisseurs.
Comment expliquer un tel résultat, obtenu avec une équipe resserrée de huit utilisateurs Aprovall répartis entre la direction Achats et le Contrôle Interne ? Le cas TAG Heuer met en évidence cinq leviers directement transposables à toute direction achats confrontée aux mêmes enjeux de conformité fournisseurs et de gestion des risques tiers.
Levier 1 : remplacer le triptyque mail-Excel-serveur partagé pour fiabiliser la collecte documentaire
Le point de départ est presque toujours le même. Avant le déploiement d’un outil dédié, TAG Heuer, comme l’immense majorité des organisations, s’appuyait sur une combinaison de canaux historiques : des mails pour solliciter les fournisseurs, des tableurs Excel pour consolider les réponses, et des serveurs de fichiers pour archiver les documents reçus. Ce triptyque a longtemps semblé suffisant, et il l’a été tant que les demandes restaient ponctuelles et centrées sur une poignée de documents légaux classiques.
Il ne l’est plus. Le business case de TAG Heuer le décrit clairement : cette organisation « causait pertes, relances et données peu fiables ». Trois maux liés, pas trois maux distincts. La perte entraîne la relance, la relance intensifie la pression, la pression dégrade la qualité des données retournées. On entre dans un cercle vicieux où chaque incident alimente le suivant, et où la seule réponse disponible – relancer encore – détériore à la fois la relation fournisseur et la précision de l’information.
La première cause d’un taux de complétude qui plafonne n’est donc pas un défaut d’effort, c’est un défaut d’outillage. Tant que la collecte repose sur la mémoire de l’acheteur, l’organisation de sa boîte mail et la discipline d’un tableur partagé, il n’est pas possible d’atteindre un taux élevé sur un panel de plusieurs centaines de fournisseurs, avec une douzaine de documents par fournisseur et des échéances glissantes. Changer de résultat exige de changer de système, pas d’intensifier le recours au système existant.
Levier 2 : industrialiser le cycle de vie documentaire fournisseur avec une plateforme dédiée
TAG Heuer a fait le choix d’Aprovall, plateforme de gestion de la conformité fournisseurs, pour structurer et automatiser son cycle documentaire. L’objectif n’était pas seulement de stocker des fichiers au même endroit, mais de créer un référentiel fiable, versionné et exploitable par les équipes achats, conformité et contrôle interne.
Concrètement, la plateforme permet de centraliser plusieurs étapes clés du processus :
- Centraliser les documents fournisseurs dans un espace unique ;
- Versionner et archiver les pièces pour éviter les documents obsolètes ou introuvables ;
- Personnaliser les parcours selon le profil de risque de chaque fournisseur ;
- Automatiser les questionnaires, relances et validations ;
- Connecter les données à l’ERP, Oracle dans le cas de TAG Heuer
Prises individuellement, aucune de ces fonctions n’est révolutionnaire. Prises ensemble, elles transforment le mode opératoire. Le versioning élimine les litiges sur les documents obsolètes. L’archivage garantit l’auditabilité. La personnalisation des parcours évite d’ennuyer un petit prestataire de rang 2 avec les mêmes questions qu’un fournisseur critique de rang 1. L’automatisation supprime la part manuelle des relances. L’intégration ERP empêche la double saisie et garantit que la donnée collectée trouve son chemin jusqu’aux processus opérationnels – commande, réception, facturation, paiement.
Cette industrialisation produit un effet composé. Chaque fournisseur n’est sollicité qu’au moment pertinent, sur les documents pertinents, avec un parcours calibré à son niveau de risque. Chaque acheteur ne consacre plus son temps à la chasse au document, mais à l’analyse du risque. Chaque document collecté nourrit un référentiel unique exploitable par toutes les fonctions de l’entreprise. C’est précisément parce que le système porte la charge que les 80 % de complétude deviennent atteignables en six mois : l’équipe n’est plus en train de ramer, elle est en train de piloter.
Levier 3 : simplifier le parcours fournisseur pour améliorer le taux de complétude
Le plus contre-intuitif des enseignements du cas TAG Heuer est sans doute celui-ci : le taux de complétude ne dépend pas principalement de la pression exercée sur le fournisseur, il dépend de la qualité de l’expérience qu’on lui propose. Marc Menetrier, Purchasing Director de TAG Heuer, insiste explicitement sur ce point : « Le message que je veux véhiculer, c’est la simplicité d’utilisation. Aprovall répond aux besoins à la fois des fournisseurs et des nôtres. Ce n’est pas un outil imposé, mais une solution partagée qui libère du temps et améliore la qualité de nos données. »
Cette phrase mérite d’être lue attentivement, parce qu’elle formule un déplacement de perspective fondamental pour un directeur achats. Le parcours proposé au fournisseur n’est pas une interface secondaire qu’on peut négliger ; c’est le produit. Si l’expérience est fluide, le fournisseur complète. Si elle est frictionnelle, il procrastine, retourne des données partielles, abandonne en cours de route ou répond aux sollicitations d’autres donneurs d’ordre avant les vôtres.
Cette réalité prend toute son ampleur lorsqu’on considère qu’un fournisseur de rang 1 reçoit aujourd’hui plusieurs dizaines de demandes de conformité par an, émanant de clients différents, via des plateformes différentes, avec des questions qui se recouvrent partiellement. Dans cet environnement saturé, l’attention du fournisseur est une ressource rare. Le donneur d’ordre qui propose le parcours le plus clair, la plateforme la plus intuitive, la sollicitation la plus concentrée, est celui qui obtient les données en premier et dans la meilleure qualité. À l’inverse, celui qui cumule les canaux hétérogènes et les relances désordonnées finit en bas de la pile – et son taux de complétude en porte la marque.
« Le gain de temps pour les acheteurs a été considérable et les fournisseurs ont particulièrement apprécié la simplicité du parcours. » – Marc Menetrier
Les deux observations sont liées : la simplicité côté fournisseur produit mécaniquement le gain de temps côté acheteur, parce qu’elle réduit les allers-retours, les incompréhensions, les réponses incomplètes à corriger. Le taux de complétude n’est pas un objectif isolé à atteindre, il est la conséquence d’un dispositif dont chaque pièce est pensée pour produire peu de friction.
Levier 4 : personnaliser les demandes documentaires selon le profil de risque fournisseur
Une erreur fréquente dans les déploiements de plateformes de conformité consiste à soumettre tous les fournisseurs au même questionnaire et à la même liste de pièces attendues. C’est l’option la plus simple à administrer, mais c’est aussi celle qui dégrade le plus le taux de complétude global, pour deux raisons. D’abord, elle sur-sollicite les fournisseurs à faible criticité, qui n’ont ni l’intérêt économique ni parfois la capacité opérationnelle de fournir un questionnaire étendu. Ensuite, elle sous-sollicite les fournisseurs à forte criticité, dont les spécificités réelles – certifications techniques, chaîne d’approvisionnement complexe, expositions géographiques – ne sont pas suffisamment investiguées par un tronc commun.
Le dispositif déployé chez TAG Heuer résout ce problème en personnalisant les parcours selon le profil de risque. Un fournisseur à risque faible suit un parcours court, centré sur les éléments essentiels. Un fournisseur stratégique ou à risque élevé bascule sur un parcours enrichi, intégrant des questionnaires spécifiques (éthique, environnement, cybersécurité, dépendances critiques) et des pièces justificatives ciblées. Le système oriente automatiquement chaque tiers dans son parcours, sans intervention manuelle de l’équipe.
Cette personnalisation produit trois effets vertueux. Elle améliore le taux de complétude agrégé en réduisant la charge sur la majorité du panel. Elle améliore la qualité de l’analyse de risque en concentrant l’effort sur les fournisseurs qui le méritent. Et elle préserve la relation commerciale en évitant le sentiment d’acharnement administratif sur des partenaires peu exposés. C’est une illustration très concrète du principe selon lequel « collecter plus » et « demander moins » ne sont pas contradictoires, dès lors que l’on distingue finement les populations.
Levier 5 : déployer la gestion des risques tiers par vagues pour accélérer l’adoption
Le calendrier de déploiement retenu par TAG Heuer mérite lui aussi l’attention. La plateforme a été mise en production début 2023 sur un premier périmètre : les fournisseurs directs, cœur du risque opérationnel et critique pour la conformité légale. Puis, en 2024, la couverture a été étendue aux fournisseurs indirects stratégiques, c’est-à-dire aux prestataires dont l’enjeu dépasse le simple rang indirect classique.
Cette séquence en deux vagues n’est pas anodine. Beaucoup d’organisations, galvanisées par l’ambition d’un projet neuf, tentent la bascule intégrale dès la première vague. Le résultat est souvent un déploiement plus lent, une adoption dégradée, un taux de complétude initial décevant qui entame la confiance des parties prenantes dans l’outil. Séquencer permet au contraire de constituer rapidement une population de référence bien adoptée, de stabiliser les parcours et les questionnaires, de créer un capital d’expérience avant de franchir la marche suivante.
Ce séquencement a directement contribué à la performance des 80 % de complétude en moins de six mois. Il a permis de concentrer les ressources d’accompagnement sur une population définie, de mesurer rapidement les résultats, d’ajuster, puis d’élargir avec une méthode éprouvée. Pour un directeur achats qui s’apprête à engager un projet similaire, cette leçon est précieuse : il vaut mieux 80 % de complétude sur un périmètre bien choisi que 40 % sur un périmètre trop ambitieux.
Ce que la complétude documentaire change dans le pilotage des risques tiers
Au-delà de la seule métrique de complétude, la transformation engagée chez TAG Heuer produit des effets de fond sur la qualité même du pilotage des risques tiers.
Trois dimensions de risque sont particulièrement renforcées :
- Les risques légaux et réglementaires, grâce à un meilleur suivi des documents obligatoires, certifications et échéances.
- Les risques éthiques, avec une évaluation plus structurée de la maturité des tiers sur les sujets de conformité, gouvernance et pratiques responsables.
- Les risques environnementaux, grâce à la collecte de données nécessaires au bilan carbone et au reporting extra-financier.
Ce triptyque – légal, éthique, environnement – correspond exactement au périmètre attendu par les cadres réglementaires contemporains, qu’il s’agisse de la CSRD, du devoir de vigilance ou des exigences internes de gouvernance ESG d’un groupe comme LVMH. Disposer, en un lieu unique, d’une information versionnée, validée, actualisée sur ces trois dimensions, transforme la fonction achats en contributeur majeur du reporting extra-financier de l’entreprise.
Plus structurant encore : la visibilité obtenue par TAG Heuer s’étend jusqu’aux rangs 4 ou 5 de certaines chaînes de valeur. Marc Menetrier le souligne lui-même : « Grâce à Aprovall, nous avons pu remonter la traçabilité de certaines chaînes de valeur jusqu’aux rangs 4 ou 5, là où nous n’avions aucune visibilité auparavant. » Dans un secteur comme l’horlogerie de luxe, où la légitimité de la marque tient en partie à la maîtrise de l’origine des matières et des composants, cette profondeur de vue n’est pas un luxe, c’est une condition de robustesse face aux risques – de minerais de conflit, de travail forcé, de dépendances géopolitiques, d’émissions non déclarées – qui, de plus en plus, se logent précisément dans ces rangs profonds.
Cette cascade documentaire n’est possible que parce qu’elle s’appuie sur une infrastructure partagée capable de la supporter. Demander à un fournisseur de rang 1 de remonter les informations sur ses propres fournisseurs suppose qu’il dispose lui-même d’un outil pour le faire, ou qu’il puisse s’appuyer sur la plateforme proposée par son client. La mutualisation devient alors un multiplicateur : ce que TAG Heuer a construit pour ses fournisseurs directs se prolonge naturellement vers les rangs inférieurs, et la profondeur devient une propriété émergente du dispositif.
Comment améliorer la complétude fournisseur : recommandations pour les directions achats
Le cas TAG Heuer fournit une trame claire pour toute direction achats qui souhaite améliorer son taux de complétude fournisseur et renforcer son dispositif de gestion des risques tiers. La première leçon est simple : un taux de complétude élevé ne s’obtient pas par la force, mais par la qualité du système qui le rend possible. Tant que la collecte repose sur des canaux artisanaux — mails, fichiers Excel, serveurs partagés — aucun volume de relances ne permet durablement de franchir le plafond.
Cinq règles se dégagent de ce retour d’expérience.
1. Remplacer les canaux artisanaux par un référentiel centralisé
La complétude documentaire ne peut pas dépendre de la mémoire des acheteurs, de boîtes mail individuelles ou de fichiers Excel partagés. Pour fiabiliser la collecte, les documents fournisseurs doivent être centralisés, versionnés, archivés et accessibles dans un référentiel unique.
2. Investir dans l’expérience fournisseur
Chaque minute gagnée côté fournisseur se traduit par un taux de réponse supérieur, donc par un gain de temps côté acheteur. Traiter le parcours de collecte comme un produit — avec son ergonomie, ses tests utilisateurs et son cycle d’amélioration — agit directement sur le KPI principal.
3. Personnaliser les demandes selon le profil de risque
Un parcours calibré au profil de risque de chaque tiers, plutôt qu’un tronc commun unique, améliore simultanément la complétude documentaire, la qualité de l’analyse de risque et la relation commerciale. C’est une manière de demander moins à certains fournisseurs, tout en collectant mieux là où le risque l’exige vraiment.
4. Séquencer le déploiement pour créer rapidement une preuve de valeur
Mieux vaut stabiliser un premier périmètre, mesurer les résultats, ajuster les parcours, puis élargir progressivement la couverture. Cette logique évite l’effet tunnel des déploiements trop ambitieux et permet de créer rapidement une preuve de valeur auprès des équipes achats, conformité et contrôle interne.
5. Connecter le dispositif à l’ERP
Les données collectées ne doivent pas rester captives d’un outil isolé. Elles doivent irriguer les processus opérationnels de l’entreprise, de l’onboarding fournisseur à la commande, jusqu’à la réception, la facturation ou le paiement.
À ces conditions, les 80 % de complétude obtenus par TAG Heuer en moins de six mois cessent d’être une performance exceptionnelle pour devenir un objectif réaliste. Et, comme le résume Marc Menetrier, l’outil cesse d’être « imposé » pour devenir « partagé » – c’est-à-dire le contraire exact de ce qui alimente habituellement la fatigue fournisseur et plafonne la gestion des risques tiers.
Voir le témoiagnage de Marc Menetrier Directeur des Achats chez TAG Heuer
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